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Message du commissaire
Patrick Beaulieu - Phare de ville
Alexandre David - Coin du banc
Yannick Pouliot - Prendre place
Uta Riccius - Package Deals
Rita - Motel Rita
José Luis Torres et Geneviève Caron - Labyrinthes
DÉRAPAGE - Sélection de courts métrages
Julie Charbonneau, Alec Suresh Perera - le parvis
Francis Montillaud - Voisins
Ivan Binet - Points de liaison
Colwyn Griffith - Eye Candy 3
VISITES GUIDÉES
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Mot du commissaire

 

Un parc comblé COMPLET NO VACANCY

 

«La ville n’est pas seulement le lieu où nous vivons et nous mettons en œuvre nos stratégie de sociabilité : elle est aussi le lieu que nous investissons de notre imaginaire, de nos désirs, de nos utopies.»1

 

L’événement  COMPLET NO VACANCY, 5ième édition de Paysages éphémères, a la volonté d’inscrire quelque peu différemment la fonction de l’art actuel et son lieu de diffusion dans la trame urbaine de Montréal, plus précisément sur l’îlot du parc des Compagnons-de-Saint-Laurent. En présentant les interventions dans une zone transitoire déplacée, l’événement veut instaurer une relation immédiate, directe et conviviale entre la ville, l’avenue du Mont-Royal et le public. Échelonnées sur une période restreinte, telles celles des vacances, ces interventions provisoires in situ sont présentées uniquement le temps de l’événement. Ces interventions placent le public non seulement dans un rôle de spectateur mais aussi d’usager et d’acteur privilégié de l’espace public en activant COMPLET NO VACANCY à l’enseigne d’une interface instigatrice.

 

Telle fut l’une de mes plus belles vacances d’enfance; celles où mes parents durent rebrousser chemin et retourner en « ville » faute de trouver un gîte, tous affichant Complet / No Vacancy.  Pour une première fois, je me retrouvais pendant le temps des vacances en «ville» et non à parcourir des territoires de villégiature, des sites touristiques connotés, conçus de manière à nous récréer et à inviter à la consommation. Il n’en demeure pas moins que les motels constituent un mode d’hébergement singulier ponctuant notre paysage.  «Zone de transit, le motel est lui-même pauvre d’intentions et d’intérêts.  Aucun voyageur ne le désire véritablement comme tel ou n’en fait le but exprès de son déplacement. »2 Le référent visuel Complet / No Vacancy parsemé le long des routes des vacances évoque une image culturelle nord-américaine forte dans notre imaginaire collectif.  Le motel a recours au subterfuge de la sur signalisation en raison de sa discordance typologique sur le territoire qu’il occupe. À la recherche effrénée d’un quelconque endroit pour passer la nuit avant le coucher du soleil, combien de fois nous sommes-nous butés à cette enseigne fabriquée de bois ou de néon : Complet / No Vacancy.  Peu commune en centre-ville, cette icône référentielle est beaucoup plus visible en zone péri-urbaine. Pour nombre d’entre nous, son pouvoir d’évocation se conjugue en maintes anecdotes où des paysages de vacances s’agglutinent. 

 

S’accaparant du pouvoir évocateur de cette icône récréo-culturelle, la 5ième édition de Paysages éphémères se donne comme intention d’imprimer quelques rythmes de l’ordre des vacances en milieu urbain. L’idée dans ce contexte tend à l’occupation attendue du site, à sa saturation tel un paysage de consommation à vocation récréative.  À l’instar des No Vacancy qui affichent complet, motels remplis de voyageurs, le Parc sera occupé en permanence. En effet COMPLET NO VACANCY invite les résidents et les visiteurs à s’approprier le parc des Compagnons-de-Saint-Laurent, car en marge des installations-interventions d’exploration urbaine, le projet s’accompagne d’une programmation nocturne composée de projections vidéo de courts métrages non narratifs.

 

Adoptant diverses stratégies et tout autant de points de vue esthétiques, les artistes et designers questionnent tous résolument les principes de la ville et la consommation des paysages ; ils envahiront les espaces possibles du Parc et combleront ses interstices. Patrick Beaulieu, Alexandre David, Yannick Pouliot, Uta Riccius, Rita et les projections de DÉRAPAGE prennent d’assaut l’espace du 2 au 12 juillet. De leur côté, José Luis Torres, Francis Montillaud, Julie Charbonneau et Alec Suresh Perera, Ivan Binet, Colwyn Griffith, Patrick Beaulieu se produiront jusqu’au 26 juillet au Parc, au Sanctuaire du Saint-Sacrement, sur la Place Gérald-Godin, le long des quais du métro Mont-Royal ainsi qu’à la Maison de la Culture du Plateau-Mont-Royal… Quoi de plus direct et de plus accessible que d’offrir et d’intégrer ces créations artistiques exploratoires et éphémères à même l’espace urbain et à ses composantes, telle la rue ?  De quoi occuper différemment vos vacances en ville !    

 


Stéphane Bertrand
Commissaire invité


 

1Lamizet, Benard, Le sens de la ville, L’Harmattan, Paris, 2002, p. 66.

2Bégout, Bruce, Lieu commun, éditions Allia, Paris, 2003, p. 94.